Tea-time avec… Le producteur de film anglais Barnaby Thompson

copyright: Olivier Van-Den-Abeele
copyright: Olivier Van-Den-Abeele

Incontournable dans l’univers du cinéma britannique, Barnaby Thompson est à la fois réalisateur, producteur et propriétaire des célèbres Ealing Studios. Il est à l’origine de grands films avec sa propre société de production, Fragile films. Il a aussi et surtout produit 5 des 20 films indépendants qui ont connu le plus grand succès de tous les temps au Royaume-Uni. Il nous accueille dans l’historique “White Lodge” où toute l’histoire des studios d’Ealing a démarré. Il partage son regard du cinéma britannique et français, mais aussi sa vision du futur dans un univers bousculé.

La dernière production de Ealing Studios est un show TV appelé “Maigret” avec Rowan Atkinson , qui prend place dans les année 50 à Paris. Leur prochain film, “The Sea change”,  va être réalisé (une première) et interprété par la britannique Kristin Scott Thomas, avec Mark Strong jouant son mari. Le film, qui parle d’une histoire d’amour dans les îles grecques, sortira à la fin de l’année prochaine.

Thé ou café ? 

Je bois du café le matin, à la “cafetière” bien sûr ! Avec une French Press s’il vous plait. Du thé l’après-midi.

You bought Ealing studios in 2000 to make them come back to the original spirit right ?

A l’origine de mon parcours, je suis réalisateur.  J’ai grandi à Notting Hill Gate avec les films de Ealing studios, c’est un lieu très symbolique pour moi. En 2000, les studios ont été mis à la vente. On a embarqué dans l’aventure Henry Handelsman, le CEO of Manhattan Loft Corporation, qui a refait Saint Pancras and Chiltern FireHouse. On a tous racheté les studios d’Ealing à ce moment. Ce sont les studios les plus anciens dans le monde, ils ont démarré vers 1900 et ont participé à l’âge d’or de la comédie britannique en 1940 et après.

Qu’est ce que cela signifie pour vous ?

Ces studios ne sont pas juste de grands espaces, mais c’est aussi un nom qui signifie beaucoup pour de nombreuses personnes dans le monde parce que de grands films ont été réalisés ici. Au delà de réaménager les studios, nous vous avions aussi l’idée de faire des films sous le nom de Ealing Studios comme producteur. Les personnes qui travaillent ici sentent en général l’âme des lieux.

Vous êtes Anglais. Comment décririez -vous le cinéma britannique ?

Je pense que ce qui distingue le cinéma britannique est certainement en relation avec Ealing, une sorte d’authenticité. Il a grandi avec la deuxième guerre mondiale, et il présente souvent des personnes réelles, dans des situations réelles, même si elles sont tournée à la comédie.

Si vous pensez à “Full Monty”, “4 mariages et un enterrement”, ils sont tous basés sur une réalité. Le cinéma américain tend à être davantage tourné sur la fantaisie, même leurs comédies romantiques sont d’une certaine manière idéalisées.

Au Royaume-Uni ces dix dernières années, presque tous les grands films se sont basés sur des faits réels. C’est bien et en même temps c’est un peu dommage aussi. Quand vous pensez aux grands réalisateurs comme  Powell and Pressburger, David Lean, ils avaient une granad imagination que l’on a perdue aujourd’hui…

Comment définiriez-vous le cinéma français ?

Ce n’est pas évident à décrire. Ayant grandi dans les années 80, les réalisateurs comme like Luc Besson étaient capables de raconter des histoires qui donnaient l’impression d’être réelles, même si ce n’était pas le cas. C’est la plus grande influence que j’ai pu avoir du cinéma français, cette capacité à être imaginatif, donner un style naturel, davantage que le cinéma britannique.

France a une grande tradition de faire des films sur la vie ordinaire aussi. J’ai vu un grand film de

Claire Denis avec Juliette Binoche appelé”Let the sunshine in”. Il présente des femmes matures qui mène une vie de folie à travers, leur vie amoureuse, leurs enfants….Il y avait beaucoup d’émotion, d’énergie et de chaleur dans ce film.

Selon vous, qu’est-ce qui caractérise le “Britishness” aujourd’hui ?

C’est une question intéressante comme nous faisons face au Brexit….

Le meilleur aspect du “Britishness” est  un esprit généreux. Nous avons toujours été une nation très créative ici. Ce n’est pas une surprise si l’industrie créative fait partie des domaines les plus porteurs. Je pense que nous avons des spécificités liées à notre place particulière dans l’histoire. Cette petite île qui possédait un empire, à la fois grande et toute petite. Tout à la fois !

C’est aussi intéressant car nous partageons un langage commun avec l’Amérique tout en étant Européens aussi. Nous sommes une sorte de pont entre l’Europe et l’Amérique, c’est un avantage que nous ne devons pas oublier.

Un mot à dire sur le Brexit ?

La nuit des élections, j’étais à l’anniversaire d’un ami avec plus de 300 personnes de 40 pays différents. Si nous avions imaginé que l’élection allait prendre la mauvaise voie….Le jour suivant c’était un grand choc… Londres est tellement multiculturelle et internationale, c’est une ville incroyable pour cela grâce à l’afflux d’Européens, d’Australiens et d’Américains. D’une certaine façon, le Brexit était un vote contre tout cela. C’est dommage d’en arriver là, vraiment.

L’Angleterre que je pensais connaître est finalement différente  de celle que nous avons.

Cela dépend très certainement des zones, mais Londres est de toute évidence un lieu différent. Elle est dynamique, diversifiée, excitante par cette richesse. Maintenant à cause du Brexit, certains se tournent plutôt vers Paris qui semble être “the next place to be”.

A la fin, je ne pense pas que le Brexit va changer tellement de choses. Au 21 ème siècle l’idée de frontières est dépassée. Nous vivons dans un monde global. Nous avons besoin d’être ensemble, c’est donc surprenant de combattre cela.

Peut-on parler de tendances dans l’industrie du film ? Si oui quelles ont celles que vous observez ?

Aujourd’hui, nous avons de moins en moins de grands films, qui prennent de plus en plus de place sur le marché. Il y a ce grand gap entre Marvel, Star wars, et les plus petits films. Les films avec lesquels nous avons grandi n’existent plus…Il y a le cinéma de franchise, et le cinéma indépendant…Pas grand chose entre les deux.

L’autre chose est que la technologie et la manière de regarder les films a beaucoup changé, nous avons ces immenses  écrans dans nos maisons. Ca devient de plus en plus facile de rester assis à la maison que d’aller au cinéma. Il y a aussi une grande montée en puissance de la télévision à Netflix etaux services de streaming. Ils diffusent de très bons programmes et dans ce contexte, le cinéma doit se battre…

Quelle est la frontière qu’il reste entre la TV et le cinéma ?

Il y en a deux : l’une est la longueur des films qui durent près de 2 heures au cinéma. A la TV, ce sont des séries avec lesquelles vous vivez, vers lesquelles vous revenez.

La deuxième est que le cinéma doit être apprécié sur un grand écran noir, avec un grand sound system, tout cela en partageant cette expérience avec les autres. Cela devient de plus en plus rare d’avoir une salle plein. Cette notion de partage avec une audience est en train de partir…Alors qu’il n’y a rien de tel que de regarder une comédie romantique et d’entendre les rires à l’autre bout de la salle.

Le milieu du cinéma a fait des erreurs, en perdant la connexion avec son audience.

En dehors de la technologie, est-ce que cette difficulté est liée au prix également ?

Si vous regardez les Hotels, compagnies aériennes et de téléphonie, les prix varis et sont concurrentiels. Le cinéma n’appris aucun des enseignements des  autres. Alors que vous faites plus de chiffres à une soirée ” 2 place au prix d’une” que lors d’une soirée habituelle.

Sur ces aspects, le cinéma a été très lent pour bouger…

Avec cette nouvelle ère de l’information, tout devient plus sensationnel, les gens ont besoin de sensations extrêmes. Pouvez-vous le ressentir dans l’univers du cinéma aussi ?

Avant, l’audience avait le temps de regarder les films, de les apprécier…

Maintenant, si votre film n’est pas noté 4 étoiles du début, vous avez des problèmes. Vous n’avez pas le temps de bâtir l’audience initiale, qui pourra parler du film autour d’elle.  Tout bouge si vite…Si vous n’avez pas succès le premier week-end, il n’y aura pas de deuxième week-end de diffusion.

Le plus grand film sera donc celui qui aura la meilleure campagne marketing. Les plus petits films, ceux que vous voulez dénicher et découvrir, ont du mal aujourd’hui…

Quand vous recevez un nouveau script, savez-vous tout de suite si c’est un bon film à produire ?  

Maintenant vous devez être très prudent….Pour réussir au cinéma, vous devez vraiment vous distinguer et faire la différence. De nombreux films réalisés il y a 5 ans ne marcheraient plus aujourd’hui…

Combien de temps cela prend  de faire un fim ?

La pré-production dure 3 mois.

Le tournage dure environ 2 mois.

Le montage prend environ 6 mois.

Il faut compter un an pour l’ensemble, avec un creux avant la diffusion.

Le dernier film que vous avez vu et apprécié le plus ?The last film you have watched you enjoyed the most?

C’était à Cannes, j’ai vu un film appelé “Assassination nation” qui sortira en septembre. C’est un film américain sur les social media très rafraîchissant et innovant.

Qu’est ce que vous voudriez que les gens disent de Ealing Studios dans 20 ans ?  

J’aimerais que les gens continuent de l’associer à la maison du cinéma britannique. Il y a toujours de grands films réalisés ici, comme “The Darkest Dawn” ou “Downton Abbey”pour la TV, tournés ici. D’autres grands films sont à venir pour mon plus grand bonheur.

Propos recueillis en mai 2018 par Hélène Bouche, accompagnée de Olivier Van-Den-Abeele et Elisa Olenik. 

 

Pour accéder à l’interview en Anglais, cliquer ici.
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