Tea-time avec… L’architecte anglais Roger Zogolovitch

Copyright: Mark Cocksedge
Copyright: Mark Cocksedge

Le célèbre architecte londonien Roger Zogolovitch est Président et Directeur de Création de Solidspace à Londres. Connu pour avoir des idées progressistes dans son domaine, il cherche toujours à repousser les limites pour rendre les villes meilleures. Avec plus de 40 ans d’expérience à son actif, il a notamment dirigé le cours de “Development and Infrastructure” à London School of Economics, abordant les politiques de réhabilitation des villes au Royaume-Uni. Il a également été Président de l’Association of Architecture.

Nous sommes heureux de partager sa vision de l’architecture britannique aujourd’hui et les tendances qu’il voit émerger. Il nous fait également découvrir sa maison familiale située à Poole Harbour dans le Dorset.

Tea or Coffee ?

Café et thé, s’il vous plait !

Comment définissez-vous votre travail ? Quelles sont vos influences ?

Mon travail se définit à l’échelle d’un architecte et d’un maître d’œuvre indépendant. Il est fondamentalement collaboratif, regroupant des architectes, des entrepreneurs et des représentants publics qui ont besoin de leadership et d’une vision finale du projet. En termes d’influences, je m’appuie sur des exemples de mon industrie pour les appliquer dans d’autres projets, afin d’aller plus loin dans le champs des possibles. Je reste expérimental dans ma manière d’appréhender les projets, j’essaie constamment de repousser les frontières.

Après 40 ans dans l’architecture et le développement, quelles tendances sentez-vous émerger ?

J’ai beaucoup exercé comme architecte et maître d’œuvre, une double casquette qui m’a permis de garder le contrôle sur les projets immobiliers développés. Je crois que les purs architectes deviennent de plus en plus marginalisés par les clients et devraient aussi considérer de superviser leur propres développements. Cela est aussi excitant et apporte son lot de récompenses. Je suis heureux de voir que d’autres architectes commencent à prendre ce chemin…  

Le bois est de plus en plus largement utilisé ces dernières années. Quel autre composant durable devient incontournable selon vous ?

Pour moi , la clé de la durabilité est de créer des environnements “Long life and loose fit” qui s’adaptent dans la durée aux modes de vie futurs. Les hauteurs intérieures doivent être généreuses, les composants avoir une bonne capacité thermique. J’aime beaucoup utiliser le béton dans nos projets. Il est stable, non combustible, présente des propriétés d’isolation sonore et de bonnes capacités thermiques. La mise en place de stratégies axées sur l’utilisation du ciment permettrait de réduire l’empreinte carbone des constructions. Travailler avec du béton préfabriqué peut éliminé les déchets. Dans mon esprit, le béton est le grand gagnant.

Vous avez participé à des projets majeurs au Royaume-Uni. Comment définissez vous le “Britishness” aujourd’hui en quelques mots ?

L’habitat du Royaume-Uni s’inscrit dans une tradition de construction simple et artisanale. Le modèle des “terrace house”, alignées et divisées par des murs mitoyens dans les rues traditionnelles en font partie. Ce maillage incite à être imaginatif pour réussir à remplir les espaces vides. Le paysage urbain est tellement établi qu’il nécessite une nouvelle approche architecturale dans les zones qu’il reste à enrichir. Le meilleur du “Britishness” réside dans la manière qu’ont ces nouvelles constructions d’être à l’opposé de ses cousins adjacents qui les précèdent. L’analogie de Sir Hugh Casson, entre l’architecture britannique et une étagère de livres, fait sens selon moi : voudriez-vous que les couvertures de livre en cuir soient toutes assorties et alignées ou préférez vous une variété de couleur, de hauteur et d’épaisseur ? Je préfère définitivement la variété sur mon étagère et dans les rues de ma ville.

Voyageons un peu en France. Par comparaison, comment définiriez-vous l’architecture française aujourd’hui ? Quelles sont les caractéristiques de chaque pays ?

L’architecture française, particulièrement dans les villes, se base sur le modèle de blocs d’appartements comme l’illustre l’Haussmannien, et celui de l’hôtel particulier. Ces  immeubles de grande taille participent à la qualité de l’habitat. Agencés autour d’un escalier central, et maintenant l’ajout d’ascenseurs, ces appartements sont caractérisés par le fait de vivre sur un étage. En contraste les immeubles britanniques, notamment à Londres, s’appuient sur les modèles géorgiens et victoriens de maisons alignées qui ont marqué leur époque. Même s’ils ont aujourd’hui été divisés en appartements, ils restent pour autant constitués de maisons avec un jardin. Dans une certaines mesure, ces deux traditions continuent de marquer leur empreinte dans la culture architecturale des deux pays, connectées par la Manche, mais conservant leurs profondes personnalités ancrées à Paris et à Londres.  

Un lieu qui vous inspire particulièrement à Londres ou plus largement au Royaume-Uni ? Où vous ressourcez-vous ?

Nous avons la chance de posséder une autre maison à Poole Harbour, située à 110 miles dans le sud ouest de Londres qui domine le port et l’île de Purbeck. Lorsque je me réveille sur la côte, ma vision du monde s’élargit avec la lumière de l’eau et l’étendue de collines l’entourant. J’ai un studio de plage où je crée des monotypes en amateur. Je les produis en un à deux jours, ce qui contraste avec les nombreuses années nécessaires à la mise en œuvre de projets d’architecture.

Soyons fou… Quel serait le projet de vos rêves ? 

Je rêve de pouvoir faire évoluer et faire changer l’habitat au Royaume-Uni. Je suis convaincu que nous pouvons d’une certaine manière réhabiliter une forme artisanale de construire les maisons dans le pays. Nous avons besoin de réinventer le modèle de blocs d’appartements anglais, faciles à construire, ayant du caractère et agréables à vivre. Je souhaiterais que la constructions de maisons soit davantage axée sur le “fabriquer”, moins sur le “spéculer”.

Votre propre maison, appelée “Houseboat” et située à Poole Harbour dans le Dorset, est un chef d’oeuvre. Quel est la recette d’un projet architectural réussi ?

Pour moi, une bonne architecture est la combinaison entre un concept clair et une attention rigoureuse aux détails. La Houseboat est un mariage heureux entre un concept, celui d’une coque retournée assise sur la mer, et le design de Solidspace s’appuyant sur de grands volumes à l’intérieur où les espaces s’entremêlent les uns avec les autres. L’expression des matériaux est explicite et évidente. Ceux-ci incluent notamment du béton qui laisse apparaître sa texture agrégée, des poutres de sapin de Douglas massif et des sols en noyer américain. L’introduction de touches plus extravagantes comme les rampes et les panneaux de verre vintage ajoutent une dimension humaine. La performance de la maison, avec son toit doublé en néoprène pour adoucir l’accoustique et permettre une ventilation d’air naturel, accroît le confort et la sensation de bien-être à l’intérieur. Ma suggestion est de construire en suivant une vision, celle d’un habitat qui traverse le temps. Dans la Houseboat, nous avons utilisé des sols qui déteignent avec le soleil, du cuivre qui se patine et devient vert-de-gris avec le temps. Il est important d’encourager vos équipes d’architectes et d’entrepreneurs à apporter leur pierre à l’édifice du projet commun. Apprécier le processus créatif, prendre le temps d’expérimenter et faire évoluer son esprit avec le temps : voici les clés de la réussite.

 

On vous fait visiter sa maison ? Découvrir les photos de Houseboat.

Propos recueillis en mai 2018 par Hélène Bouche, accompagnée de Elisa Olenik. 
Pour accéder à l’interview en Anglais, cliquer ici.
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